20 avril - l'ampoule lacrymale

Dans l’Antiquité, surtout dans le bassin méditerranéen, ont été retrouvées de nombreuses ampoules lacrymales. Nous apprenions, dès les premières doctes visites, que ce terme que nous utilisions n’était pas celui des savants et scientifiques en la matière, mais qu’il fallait dire ‘un lacrymatoire’. Il est vrai que ça ne change rigoureusement rien à cet antique élément et ses usages…

Utilisés surtout aux époques romaines et gallo-romaines, il s’agit de petits flacons, d’environ une dizaine de centimètres de hauteur, essentiellement en verre, encore qu’on a pu en retrouver en terre cuite. De forme généralement effilée, il s’agit d’un récipient composé d’un fond avec un col finissant sur un étroit goulot, l’ensemble pouvant aller d’une ampoule massive et trapue jusqu’à un contenant plus fin et élancé. Si ces formes dépendaient de la fabrication du verrier d’alors la fonction en restait la même.


Nous savons que les coutumes de ces époques en matière d’usage funéraire étaient, au décès d’un proche, de manifester un énorme chagrin qu’il était de bon ton d’amplifier à l’extrême et tant que faire se pouvait. A cet effet il fallait pleurer à chaudes larmes jour et nuit en faisant de telle sorte que les voisins vous entendent sangloter sans avoir à venir vous visiter. Aussi les familiers se relayaient-ils à tour de rôle pour qu’on entende l’expression de la tristesse sans la moindre pose. Et ce rituel devait se tenir durant tout ce que nous appellerions la veillée funèbre qui, pour les romains pouvaient durer plusieurs jours. On peut facilement deviner que ce cérémoniel de désespoir pouvait avoir d’épuisant pour les proches, mais tout autant pour le voisinage qui ne devait guère pouvoir fermer l’œil de la nuit. En échange les divinités des cérémonies mortuaires d’alors, notamment Sarapis ou mieux encore Hermanubis à tête de chiens plus tard sera délogé par St Christophe aussi à tête de chien (mélange de l’Anubis et Hermès selon un culte qui perdura des siècles après l’arrivée des romain en Egypte), à la fois embaumeur et psychopompe, était à l’honneur durant ces gardes larmoyantes et sonores. Ensuite la douleur de ce décès, qui a jamais ne pouvait entièrement s’effacer, était offert aux dieux mânes du foyer devant l’autel desquels on exprimait ses gémissements.



A ces tristes manifestations, il fallait bien entendu en faire ensuite profiter le mort. Aussi, durant ces sonores expositions de la douleur, le mort était prétendu en être honoré et satisfait. Cependant, une fois dans le tombeau le mort perdait aussi la mémoire et n’était pas en mesure de se souvenir du chagrin que son départ causait à ses familiers. De fait, dans le royaume de la mort, le décédé, désespéré de ce manque affectueux, retournait nuitamment dans le monde des vivants afin de se plaindre. Il le faisait en se lamentant au pied des lits de sommeil, afin de troubler la nuit de leurs descendants de leurs déchirants gémissements et cela jusqu’au décès de leurs enfants. Pour échapper à ces monstruosités, les romains, dès le décès déclaré, se rendaient chez le verrier pour y acquérir une ampoule lacrymale. Dès le commencement des longues durées de désespoirs, les vivants apposaient l’ampoule sous la paupière pour recueillir les précieuses larmes attestant du chagrin en la circonstance. Juste avant la fermeture de la tombe, on prenait soin de sceller la fiole de verre. Ensuite il était rituel de poser le flacon près du défunt ou mieux encore dans une de ses mains. Ainsi au moment de douter de l’insondable tristesse de leurs familiers les mort réveillaient-ils leur mémoire et se souvenant de l’accablement larmoyant, abandonnaient le projet de terroriser leurs descendants pour leur reprocher ce lourd manque de chagrin.



Pour les riches romains, aristocrates ou notables, on s’assurait de montrer au mort la triste grandeur de cette irréversible séparation en achetant le chagrin de pleureuses venant grossir de leurs larmes, grassement payées, celles de la famille endeuillée. C’est ainsi que dans certains sarcophages seront retrouvés des ‘lacrymatoires’ montrant les traces du liquide lacrymal recueilli avec un niveau bien trop élevé pour les yeux chagrins d’une famille romaine tout aussi éplorée soit-elle.


C’est une de ces ampoules de bien lourde tristesse mortuaire qui repose à présent dans une vitrine de notre musée au côté de la poupée qui, elle aussi avait fait le long voyage avec sa petite maîtresse vers les contrée de la Camarde romaine ou gallo-romaine… C’est ce genre d’émouvant témoin du chagrin des familiers d’une famille romaine pleurant ses morts, que vous pourrez venir contempler.


André Douzet

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