31 mars - Crocs de loup et dent de lait

Mis à jour : avr. 1

Restons, après la ‘Tuile à loup’, dans les traditions et superstitions liées à cet animal des plus inquiétants certes, mais tout aussi attachant qui souvent surgissait de l’ombre des confins de notre chambre lorsque notre maman nous lisait une histoire le soir avant de sombrer dans le sommeil bercé par le récit souvent fabuleux. N’oublions pas, toutefois de nous souvenir, comme l’expliquait justement un scientifique spécialiste de ce canidé d’exception, que l’homme et le loup montraient des similitudes en termes de vie communautaire. Les deux races s’observèrent à bonne distance durant des siècles en évitant tant que faire se peut l’affrontement frontal, avec une sorte de respect des distances entre eux. Et ce scientifique d’ajouter : "alors que tous les deux se montraient prédateurs, à un moment le loup est resté prédateur pendant que l’homme devenait… destructeur". Peut-être cette réflexion est-elle la base secrète des étranges liens tissés entre les deux races depuis la nuit des temps car souvent le loup fut le ‘totem’ des premiers hommes. Ensuite, nous avons toujours montré une superstition craintive, mais aussi tout autant teintée de fascination aux noirceurs des ombres maléfiques ou lucifériennes. Crainte et espoir se côtoient souvent dans ces no man’s land de l’ésotérisme et de l’occultisme obscur prolongé jusqu’à nos vieux rebouteux et ‘sorcier’ des anciens ‘pagus’ de nos arrières campagnes.


Ainsi nous avons vu l’homme se protéger des saccages du loup, les hivers trop rigoureux, dans ses poulaillers et bergeries… avec la ‘tuile à loup’. Elle était à la fois signal de danger, et tout autant sensée intervenir contre le malin ‘à quatre pattes’ un peu avec l’aide de la religion, un peu avec les vieilles forces ésotériques de l’antique paganisme de nos antiques croyances. Longtemps le loup partageait nos chroniques, les meilleures et les pires selon nos instincts. On le trouvera dans nos légendes, traditions et superstitions. Il sera au rendez-vous du Gévaudan sans finalité de l’énigme, tout comme dans les vieilles histoires des ‘messe des loups’. Animal psychopompe, il conduit les âmes jusqu’aux confins des royaumes obscurs de la mort, se réconciliant à l’ultime moment de la vie, face à la Camarde avec son vieil ennemi et concurrent de toujours. Il sera l’initiateur majeur dans les contes d’enfants avec son paroxysme peu égalé au cours du conte ‘Le Petit Chaperon Rouge’. Là, monsieur Charles Perrault se dépasse en nous montrant, tout en finesse, le ténébreux canidé guidant la jeune fille de rouge vêtue entre le ventre de l’Univers, les règnes de la grande mère universelle, aux franges de la mort et de la vie selon l’initiation antique ouvrant l’esprit de l’enfant-femme après son choix entre vie et mort - vivante. Nous reviendrons sur ces aspects ultérieurement à ces études de promenades au fil des méandres du musée.


Et en effet, nous voici au moment où la Bête et l’homme vont se retrouver aux moments où le second entre dans la vie et ne peut la ‘mordre à pleines dents’. Les hommes ont abattu les loups, ils en ont gardé les trophées, peaux pour les ‘couvertures de sorciers’ crânes et surtout crocs. C’est sur ces derniers que nous nous arrêtons. On enchâssait les crocs avec de l’argent (jamais d’or) finissant sur une boucle. Ensuite cette sorte de bijou était déposé dans une boite en bois (encore une boite !) fermant bien sur un morceau de peau de loup prise sur le ventre d’une louve, là où la peau est la plus douce et fine. Ensuite on cachait le boitier qui ne devait sortir de sa cache, parfois aménagée dans la hotte de la cheminée de la maison. Nous sommes ensuite au moment où l’enfant d’homme, quelques mois après sa naissance, ‘fait ses dents’. A ce moment l’enfant souffre des gencives sous l’effet des dents de lait tentant de pousser et percer la peau, il pleure et tente de mordre son instinct le lui conseillant pour ‘couper la peau’ et libérer la pression des premières dents sortant des mâchoires. Nos grand-mères, à ce moment, n’y allaient pas de main morte. Un morceau de sucre tiré sèchement sur la gencive, ou l’anneau d’alliance en or, coupait la peau de l’enfant en pleur, mais le travail était fait. Pour les habitants de nos arrières pays le principe était le même, avec cependant l’additif des superstitions et traditions paysannes (celle de l’habitant du pays). On sortait la boite et son contenu, on mettait un lacet au pendentif attaché alors autour du cou du bébé que l’ancien de la maison proposait à la bouche de l’enfant qui d’instinct mordait le croc de loup. A ce moment, sous la pression des mâchoires, la peau cédait alors que la douleur dentaire cessait net, soulageant le nouveau-né. A ce moment, les habitants de la contrée pensaient que faire ‘sortir les dents’ de cette façon donnait à ce bébé une dentition aussi forte, puissante et belle que celle d’un loup ! Le tour était joué… l’enfant avait sa dentition, la famille rassurée et garanti de l’effet magique du croc… Le vieux rebouteux l’avait bien dit. Ensuite une fois l’action finie, on brûlait le lacet d’attache du pendentif et on remisait la boite dans l’obscurité de sa cache jusqu’à la prochaine utilisation dentaire.




Ce genre d’objet liant aussi étroitement l’homme au loup est des plus rares. Il a pour origine les confins du Pilat là où commence maintenant le département de la Haute-Loire. Dans ces recoins de pagus où les superstitions les plus profondes encore ancrées dans certaines anciennes salles communes de bergeries là où dorment quelques anciennes boites à premières dents de bébé, comme celle se trouvant dans le ‘cabinet de curiosité’ de notre petit musée. En le visitant, bien entendu, vous vous arrêterez devant ce boitier ouvert sur le croc de lupus. En vous penchant sans doute entendrez-vous, ténu comme un soupir, un courant d’air, des gémissements de nouveau-né entre coupés sur fond de grondement que vous craindre d’identifier aux cris plaintifs du loup des hauts-plateaux d’Ardèche…


André Douzet

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