30 avril - Le rituel de l'argent

En réalité ce rituel, dont il va être question ici, devrait plutôt s’appeler ‘rituel d’appel d’argent'. Certes la nuance semble mince mais ne l’est pas tant que ça comme nous pouvons le comprendre à la suite. Il est de fait que nous avons tous besoin de liquidité ou d’assez de moyen pour vivre et parfois un peu plus ou selon au fil des nécessités. En vérité l’Homme a toujours eu besoin de ce qu’il lui semblait indispensable pour ses nécessités ou celles de ses familiers.


Certainement, à l’aube de notre race pour se procurer ce qu’il lui manque l’homme commence par faire du troc… puis peu à peu l’échange fit place, au lieu d’échange de produits, à la création de valeurs et aux premières monnaies… C’était fait… l’Homme avait besoin de monnaie, d’argent au sens où nous l’entendons pour monnayer nos besoins. Le plus souvent cette monnaie était le salaire de son travail, de ses efforts et normalement ce processus suffisait pour la vie commune.


Ensuite l’homme eut besoin de moyens financiers pour le commun de ces attentes de toutes sortes. Et parfois le produit de son travail, de ses efforts besogneux ne suffisait pas, ou plus assez, selon les périodes ou saisons, pénuries, disettes ou cataclysmes. Alors, parfois cet homme ne sachant pas où trouver d’autres revenus que ceux obtenus honnêtement, et ne voulant tomber dans des travers pouvant mal tourner, finissait par s’adresser au rebouteux, au sorcier. Celui-ci alors, lui proposait un rituel pouvant permettre de palier à certains besoins ponctuels ou réguliers… Un rituel qui procurerait des moyens faciles à obtenir sans grand frais, ou effort difficile comme celui parfois éreintant et hélas parfois peu payant de travaux sans effet. Un rituel ne demandant que peu de chose en plus de, certes, une petite dépense à la commande car comme le dit la sagesse populaire « tout travail mérite salaire ».


Alors le rebouteux, un soir convenu recevait son demandeur dans son antre pour pratiquer pour lui et avec lui le rite de l’appel de l’argent. En plus d’une somme demandée pour ce travail, il avait réclamé un portefeuille neuf si possible marchandé ou dérobé à un marchand à la sauvette. Aussi, un billet de banque là encore obtenu au jeu ou par une vente abusive ou frauduleuse, de l’argent pas vraiment propre en un mot. Ensuite il fallait… un Matagot, comme l’appelle à voix basse et jamais avant la nuit le rebouteux, le rebouteux. Un Matagot peut-être une sorte d’incube (créature démoniaque), d’omoncule (petit être né, dans une cornue, des travaux occultes d’un alchimiste détourné du magistère par cupidité). Et mieux encore, une racine de mandragore adulte, rituellement déterrée au pied d’un gibet, déjà apprêtée pour être à présent une sorte d’être avec qui signer un pacte de soumission en échange d’habits, nourriture ou autres produits innommables ici. Une fois cela obtenu le sorcier, à l’heure convenue du jour prévu, le ‘jeteux’ avait amené une boite de sa fabrication, capitonnés de belle façon et pouvant être verrouillée de l’extérieur, puis prélevait du sang des pouce et index de la main habituelle de son patient. Avec ce sang, une première partie servait d’offrande à la mandragore en lui signifiant son nouveau maître nourricier. Quant au reste de sang encore frais, le rebouteux en recouvre l’intérieur du portefeuille dans lequel il couche la racine magique en lui adjoignant le billet de banque marqué trois fois, par les deux doigts encore saignant du demandeur. Ensuite l’ensemble était couché dans la boite élégante qui va maintenant servir de lieu de vie à la plante magique. Cette dernière, ensuite va attendre que son ‘maître de sang’ la sollicite pour ce dont elle sera faite de façon occulte.




A partir de ce moment, avant le lever du soleil, l’homme s’en ira chez lui sans se retourner malgré ce qu’il pourra entendre dans son dos notamment des bruits répugnants. Il posera ensuite sa boite en un lieu connu de lui seul et la laissera reposer d’abord trois jours sans l’ouvrir. Dès le quatrième jour, au matin, il peut alors se rendre à sa cache et ouvrir la boite hors du moindre regard humain ou animal… Dans celle-là, la racine habillée de la mandragore repose sur son capitonnage, pendant que dans le portefeuille près du billet de banque, maculé de sang, l’homme trouvera le jumeau émis par la Banque de France, propre de toute trace de sang. Et il en sera ainsi tant, qu’avant l’échange, le ‘demandeur’ donnera un peu de son sang à sa racine maintenant à forme humaine qui placera de manière démoniaque de nouveaux papiers monnaie dans le portefeuille. Le paysan pourra ainsi selon ses besoins, ou caprices, puiser dans sa boite où la mandragore-matagot produira autant de billets que son maître nourricier lui réclamera en échange de sang…


Certes… mais l’homme en se ‘saignant’ pour sa vénéneuse bienfaitrice s’épuisera, vieillira, se flétrira d’autant plus vite qu’il voudra plus d’argent pour ses besoins maintenant irraisonnés. La mort surviendra une sombre nuit dans le hurlement des démons funéraires que le commun prendra pour la tempête. Le matagot ne survivra pas au décès de son nourricier, elle sèchera dans son confortable coffret, pourrira et s’évaporera pour ne rien laisser d’elle pendant que la demeure s’enflammera dans le brasier d’un bleu sale aux odeurs de souffre et de viande grillée… diront les témoins tentant, sans résultat, de maîtriser le démoniaque incendie qui s’éteindra à l’aube sans rien laisser derrière lui sauf le portefeuille intact en attente d’un imprudent qui oserait l’utiliser de nouveau selon le vieux rite magique des confins du Pilat, vers le hameau du vieux col de Grenouze qui brûla une nuit terrible de pluie il y a 50 ans. Le compte du rituel d’appel d’argent sera clos…


C’est cet étrange porte-monnaie que vous verrez dans la vitrine liée à la sorcellerie de notre région.


André Douzet

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