28 mars - les boites et leurs secrets

Généralité


Les vitrines du musée de l’étrange contiennent toutes des boites ayant attrait à chaque thème dans ces dernières. Les boites paraissant anodines car présentes dans tous les moments de nos vies, tous… du berceau étanche recevant le nouveau-né prématuré jusqu’à… la dernière nous emmenant vers le royaume des morts par n’importe quel moyen à convenance des dernières volontés, qu’elles soient cercueil ou urne funéraire de crémation. Tellement présentes et devenues incontournables au long de notre existence, tellement présentes dans tous les emballages que nous ne les voyons plus. Sauf évidemment celles sortant de l’ordinaire ou du commun pour des raisons que nous verrons, magiques, pratiques, sacrée ou semblant indispensables.


On dit que… La boite, peu importe ses forme, matière, capacité et destination, est un symbole féminin. Elle peut s’interpréter comme une figure des zones de l’inconscient d’abord et ensuite du corps maternel. La boite contient toujours un secret ou ses aspects les plus indéfinissables. Elle enferme et sépare du monde ce qui est précieux, fragile ou… redoutable. Elle protège, oui certes, mais risque aussi d’étouffer ce qui serait hors projet. Le reste ? Et bien l’image que nous avons de la boite reste souvent au fond de notre boite… crânienne. Au fil des présentations suivantes, nous aborderons d’autres de nos boites bien fermées sur leurs passés. Mais en attendant, commençons si vous le voulez bien par une de nos plus insolites récipients dont nous ne retrouvons que peu d’exemplaires.


Une boite à sel anti-feu


Il s’agit d’une boite à sel. Certes, des boites à sel, toutes nos grand-mères en avaient dans leurs cuisines, souvent en bois, en porcelaine ou faïence avec le mot SEL bien visible, et nous en avons tous vu dans notre enfance près du fourneau ou cuisinière dans laquelle notre aïeul se servait pour ses plats. Ces ‘boites’ sont intéressantes à collectionner par leurs décor et style. Cependant, nous n’irons pas dans ce sens déjà bien fréquenté par tant d’amateurs en la matière. Non, nous allons vers des ‘salières’ moins courues ou répertoriées. Cette ‘salière’ est originale par sa fonction, ses matière et forme.


Ce boitier est en étain de moindre qualité, avec cependant une manufacture fine et soigneuse, comme si l’aspect et sa représentation primaient sur le matériau. Il s’agit d’un boitier semi-circulaire semblant plus haut que large alors que les dimensions sont identiques : 7,5 X 7,5. Un couvercle mobile suivant la courbe toutefois débordant un peu plus largement du récipient. Le fond est plat, sans doute pour bien plaquer au mur. L’aspect le plus intéressant est dans la partie haute derrière le couvercle. On y voit une paire d’ailes qu’on comprend être partie intégrante de ce qui représente une sorte du haut d’un ange ou en tous cas d’un personnage religieux puisqu’une fine tête, un visage encadré d’une chevelure d’un bel effet avec derrière elle, une large auréole en couronne. Elle représente la sainteté mais aussi l’orifice permettant la fixation au mur de la cuisine. Une boite à sel originale nous direz-vous. Nous allons voir qu’elle comportait toutefois quelques destinations moins culinaires que l’assaisonnement d’un gibier ou pot-au-feu…


En vérité, la boite n’était pas faite pour se trouver en cuisine mais près de la grande cheminée ou du fourneau. Le sel ‘gros’ que la maîtresse de maison utilisait avait une toute autre destination que la gastronomie. Tout d’abord ce produit acheté à l’épicerie du village était choisi ‘brut’, d’un aspect grisâtre et non raffiné. Ensuite, notre maîtresse de maison se rendait chez le père curé de la paroisse, pour lui demander de bénir le sel en y rajoutant un peu de sel, utilisé pour la fabrication rituelle de l’eau bénite. Le prêtre se prêtait d’autant plus volontiers à cette liturgie que quelques billets changeaient de main… pour ses bonnes œuvres. Une main lave l’autre me disait mon grand-père ! Le boitier était ensuite fermé et devait le rester jusqu’au moment d’une utilisation des plus orthodoxes. Autrefois, on n’était guère regardant pour les ramonages pratiqués par un des journaliers de la maison ou pas du tout si il y avait trop de travaux domestiques à finir. Alors parfois, les conduits de cheminée s’encrassaient de goudron, de suie, et sous l’effet de feux parfois plus importants l’hiver, par grand froid notamment, et bien la cheminée ‘prenait feu’. Avec le tirage d’hiver, la situation pouvait rapidement empirer et tourner à un feu violent difficile à endiguer sans l’arrivée des pompiers communaux. Le téléphone étant un luxe rare dans les maisons à cette époque, un temps précieux était perdu dans une attente tendue. Alors, la maîtresse de maison prenait la salière et la vidait dans la grande cheminée ou le foyer du fourneau. L’effet de cette opération fonctionnait à chaque fois… Au contact du feu de bois ou charbon, lancé à plein régime, le sodium produisait une réaction chimique privant d’air le feu, donc de combustion, et s’apaisait. La cuisinière pouvait alors en cas de prudence répandre un seau d’eau sur le feu. La vapeur montante finissait le travail d’extinction. Oui… très utile. Cependant, les maîtres de maison en savaient plus que le commun sur l’étrange boite. En effet, la créature angélique veillant de ses ailes d’étain déployées sur le couvercle de la boite à sel, une fois achetée on la baptisait en lui donnant un prénom d’archange. Certes le père curé ne se serait pas prêté à ce… baptême hérétique. Aussi on allait à la messe et on emmenait la boite dans une serviette et en se rendant à la table de communion, la maîtresse de maison ouvrait le torchon avant de s’agenouiller. Elle estimait alors qu’en bénissant la communiante, la boite à sel bénéficiait du geste sacré. La cuisinière, au moment de lancer le contenu de sel sur le feu ‘de l’enfer’ (disait-elle), appelait l’ange par son prénom en lui ordonnant d’teindre l’acte diabolique des flammes devenues incontrôlable… d’origine forcément satanique pensait-on alors… Le tour était joué et le diable était de la revue. On remerciait alors la boite et son angélique protection en lavant l’ensemble avec un très bon vin que les maîtres de maison ne lésinaient pas à répandre pour ce cas.



C’est une de ces rares boites que le visiteur peut voir dans une des vitrines de notre musée (tradition religieuse). Oui les boites de cette sorte restent rares car elles étaient détruites à la vente de la maison…


Maintenant, n’oubliez pas de bien réfléchir au moment d’ouvrir un paquet de sel gros ou une jolie boite à sel de maîtresse de maison.


André Douzet

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