24 avril - une pierre de Bugarach

Le secteur de la commune de Bugarach, ou Bugarash, dans le département de l’Aude a plusieurs fois défrayé la chronique et fait tant de fois les choux gras de la presse new-âge pour une foultitude de raisons. Elles regorgent de curiosités archéologiques, géologiques et un passé historique des plus intrigants ou intéressants sur tant d’époques se déployant sur le néolithique, antiquité, période du Moyen-Âge et jusqu’à nos jours. Il en est tout autant pour ses richesses géologiques et ses possibilités d’explorations offertes aux spéléologues venant souvent de fort loin tant les réseaux souterrains naturels sont riches de découvertes et superbes d’émotions. Le mont Bugarach, point culminant de la région avec 1230m d’altitude et une vision à 360° facilitera la tâche de De Cassiny pour dresser son châssis des cartes topo de la France. Cette contrée offre aux géologues de fascinantes informations sur les époques qui sculptèrent la Terre de terribles façons. Le passé des hommes s’est très souvent arrêté ici en laissant tant de traces vestiges et mémoires, qu’elles soient des plus rationnelles aux plus insolites, intéressantes ou parfois non encore totalement résolues. Cette région aux décors impressionnants fut également une source d’inspiration pour, par exemple, le metteur en scène du film fantastique ‘La neuvième porte’ qui choisira la route littéralement taillée dans la falaise sur plusieurs kilomètres pour relier les deux vallée dont un coté commence précisément sur la commune de Bugarach. Les romains y tracent une voie partiellement utilisée beaucoup plus tard par les Cathares fuyant les terribles abominations de l’inquisition.


Bien entendu ces taillis, forêts ou fourrés sont un paradis des chasseurs certes, mais aussi des ramasseurs de champignons et autres fruits qu’offre la nature à l’homme y recherchant la tranquillité et des cueillettes délicieuses… Des cueillettes, oui, allant des végétaux du coin aux curiosités archéologiques, mais aussi avec une richesse de minéraux des plus beaux aux plus insolites. Et puis il y eut un moment dans l’espace et le temps où le temps d’un orage d’une violence inouïe qu’on ne peut vivre qu’ici tant la violence y est remarquable… se rencontrent le chasseur et sa découverte dans l’irréel de sa réalité. L’homme sous ce déluge soudain se sait trop loin de chez lui et doit trouver un abri car… « il pleuvait tellement, il était tellement trempé qu’il avait la raie du cul qui lui servait de chéneau » racontait L. Julien dans un éclat de rire dont elle seule avait le secret. Ce vieux chasseur connait ces coins mieux que le fond de sa poche. Aussi, il sait chacun des abris sous roche, ces abris connus des premiers hommes du néolithique puis des autres, y cherchant refuge et le trouvant jusqu’à ce jour d’orage d’aout 1951. L’homme s’est engouffré dans la cavité avec son chien sur ses talons, lui aussi trempé que son maître. Le vieux chasseur sait que cette pluie torrentielle ne va pas durer… il suffit d’attendre et voilà. Son chien s’ébroue, puis finit par gratter et renifler le sol, un terrier sans doute d’où la bête finit par faire jaillir sous sa gratte des éclats de pierres de la terre des bouts d’os de petits rongeurs… L’homme, sans vraiment scruter, suit vaguement son chien d’un regard distrait. Sous la lumière grisâtre de l’orage il regarde distraitement les pierres… puis le terrier sur lequel l’animal s’acharne en grognant fort. Une pierre obstrue l’orifice, il la voit plate comme… taillée. Il se penche, gratte lui aussi sans grande conviction mais quelque peu intrigué par cette roche plane. Il va la dégager mais avec soin. Derrière celle-ci, un vide naturel s’est créé sans doute au fil des siècles et de la nature de cette cavité partiellement en molasse. Dans ce creux naturel il avance sa main avec son briquet et il voit deux ou trois pierres d’un blanc inhabituel dans ces caillasses grisâtres. Il va en ramener trois qui met soigneusement dans sa besace en les posant dans son mouchoir au fond des gamelles de sa nourriture de midi. L’averse s’est calmée puis c’est fini. L’homme ressort endolori de son abri, son chien sur les talons. Ils vont rentrer à la maison, et à la maison il sortira ses ‘cailloux doux’, une étrange appellation qui sera expliquée plus tard.

Le temps va passer et si notre homme est chasseur et cueilleur (comme ses ancêtres néolithiques), il n’est guère fasciné par les minéraux surtout après avoir montré sa découverte à un touriste qui lui apprécie les belles pierres de cette région. Il sait la minéralogie, il la connait bien même, mais cette roche l’interpelle car pour la première fois il ‘sèche’ sur ce spécimen. Il va acquérir un des spécimens cédé par le chasseur, cependant ce dernier va en conserver un ‘comme souvenir’. Puis le temps va encore passer sur l’homme se courbant de plus en plus sous les ans jusqu’à finir par accepter d’entrer à la maison de retraite à Limoux. Il aura la Légion d’honneur, et ce sera Monsieur Roché qui la lui remettra… et prendra le repas du banquet, pour la circonstance, près du vieil homme. La blanquette aidant, celui-ci lui raconte quelques souvenirs du maquis d’abord et puis de chasses et randonnées dans le pays de Bugarach. Il parle de la ‘pierre douce’ et cette histoire intrigue monsieur le maire d’Arques comme bien d’autres sur le coin. Alors il promet de repasser voir le vieux chasseur puisque celui-ci a conservé le ‘caillou doux’, et le lendemain monsieur Roché repart avec cette curiosité minérale. Elle sera expertisée, vue tant de fois par des spécialistes locaux qui avoueront leur incapacité à lui donner ses références. Et puis de guerre lasse, ne sachant pas vraiment quoi en faire, il va confier le minéral à Lucienne Julien… qui elle aussi, avant son départ pour l’Orient Eternel nous donne l’échantillon. Cependant Lucienne aura pour ce dernier une curiosité plus aigüe, une sagacité de femme qui va la pousser à ‘aller plus loin’. Elle dispose de relations dans les milieux laborantins et de minéralogie. Cette fois, les observations auront lieu avec du matériel très sophistiqué. La pierre sera pesée, puis enfermée dans une boite étanche car elle se montre très fragile. Lucienne Julien fera pesée ‘sa’ pierre chaque cinq ans, et il sera observé qu’elle ‘grandi’ puis s’alourdi. Bien entendu, il n’est question que de dixième de millimètre et autant en mesure de poids infinitésimale de gramme.


Rien qui puisse se lire sur nos balances mais visible sur des instruments de mesure de laboratoire compétent en la matière. Cette pierre grandit et s’alourdit avec une lenteur impossible. Elle semble en fourrure tant elle se présente douce et blanche à en être incroyable. Les spécialistes diront qu’elle s’approche d’une ‘poonah’ (originaire d’Inde), oui certes, mais sans en être une vraiment. Alors qu’est-ce que cette pierre étrange trouvée en un lieu aussi étrange aux légendes étranges ??? Peut-être, visiteuse et visiteur, saurez- vous identifier cette étrange pierre douce qui prendra pension dans nos collections…


André Douzet

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