16 avril 2020 - extrême onction et secrets

Il existe un sacrement aux mourants autrefois appelé extrême-onction jusqu’en 1962 – 1965 où le Concile de Vatican II le remplace par l’appellation Onction des Malades. Si le nom change, le rituel reste le même sur son principe. Le prêtre apporte les derniers réconforts aux agonisants croyants en apposant, lors d’une célébration très intime, les ‘Saintes Huiles’, ou encore Saint-Chrême, sur plusieurs parties du corps. C’est le rappel du Baptême aux ultimes instants précédant la mort… On sait que cet intense rituel, de la fin de vie, est déjà attesté dès le IIIe siècle de notre ère. Il apporte la ‘rémission des pêchers’ et absout le malade qui, pour les croyants, peut ainsi franchir le grand seuil de la vie avec la paix dans son esprit.


Certes cela est une vision chrétienne de ce cérémoniel n’engageant que ceux étant intimement persuadés des effets salvateurs de ce sacrement. Pour les autres c’est parfois un haussement d’épaules, un sarcastique sourire esquissé… et ‘la messe est dite’. En vérité, à ces instants redoutables, chacune et chacun reste entièrement libre de penser, croire et faire ce que bon lui semble ou non face à cet événement. Notre propos n’ira que dans le sens qu’en nos anciennes contrées profondément ancrées dans des croyances accordant une très grande importance à l’invitation de la Camarde pour l’ultime voyage au royaume de la mort. Aux confins du vieux pagus, les rites, coutumes et traditions font toutes bon ménage entre elles qu’elles soient d’origine religieuse ou de toutes autres provenances, même celles plus obscures du paganisme et des vieilles divinités qui, parfois encore dévastent les nuées les nuits de Noël en accompagnant la chasse maligne de leurs gémissements ou hurlements poussés par les vieux morts bloqués aux confins d’horribles purgatoires sans pouvoir trouver la paix de l’âme en l’absence des derniers secours religieux ou payens.


Et cet impossible, ou très douloureux passage, les habitants de nos vieilles montagnes en avaient une terreur ancestrale. Aussi croyants ou non, toutes et tous accompagnaient l’agonisant dans ces moments de l’ultime addition. Autrefois on mourait chez soi, entouré des siens jusqu’au dernier souffle. Il était de bon ton de courir, alors, chercher le père curé qui prenant sa mallette où se tenaient en permanence l’étole et les instruments nécessaires à la pratique de L’Extrême-Onction. A ce moment, le père curé faisait sortir les familiers et à voix basse apportait l’ultime secours de l’esprit, de l’âme et du corps. A cet effet c’était un rite dont la pièce essentielle est une boite en argent contenant les saintes-Huiles et leur application, après la confession. Parfois bien entendu la vie de l’agonisant n’avait pas toujours été… ‘long fleuve tranquille’ et dans ce cas le vieux prêtre proposait la communion ‘aux deux espèces’, le pain et le vin de messe…


Le mourant bien au courant de sa vie passée et de ses ‘entailles dans le règlement’ acceptait volontiers ce supplément de viatique pour être allégé de ces fautes, quand de lui-même il ne le demandait pas avec autant d’angoisse que d’espoir.


Bien entendu le prêtre ne se déplaçait pas avec l’ensemble des éléments pour célébrer la messe dans son église. Aussi, autrefois le religieux disposait pour compenser ce manque d’un ensemble, en argent massif, composé évidemment de la boite cylindrique contenant les saintes-huiles avec un couvercle surmonté d’une croix portant quelques minuscules inscriptions. Et puis il y avait aussi d’un petit calice de faible dimension (9cm de hauteur). Cependant, à mieux y regarder cet élément se répartit en trois pièces. De bas en haut, tout d’abord un petit calice, pour le vin de messe, fermé à pas de vis dont le couvercle est un second calice pas plus gros que le diamètre d’une hostie à usage du paroissien. Ce contenant est doré de vermeil à l’intérieur comme le veut la tradition religieuse. Ce petit réceptacle est fermé du couvercle lui-même surmontée d’une croix romaine frappée du sceau de l’évêché sur une face. Le cylindre ne devait pas excéder la hauteur du calice à vin…


Cet ensemble était très convoité car il était en un seul exemplaire et uniquement réservé aux offices ‘aux agonisants’ de la paroisse nommée. Le perdre était une catastrophe, voire un sacrilège, et le prêtre qui les avait perdus se voyait sanctionné sévèrement en étant envoyé aux colonies pour pratiquer l’évangélisation dans des conditions souvent houleuse, voire au risque de sa vie en paiement de son manque d’inattention. Mais sans doute comme nous, vous trouvez la sentence un peu excessive là om il suffisait d’une quête pour racheter un autre ensemble. Certes, oui certes…. Mais il faut aussi savoir que la tradition de nos vieilles campagnes était aussi étrange que stricte en une tradition étroitement, intimement, partagée à la fois (ou la foi ?) par le prêtre, ses ouailles et ses supérieurs bien à propos de ce rituel sur lequel ils fermaient les yeux de crainte surtout de ce qu’il se cachait derrière. En effet la communion au vin n’était pas coutume pour les paroissiens. Aussi à l’instant du trépas, ils pouvaient avoir cet ultime


réconfort?

Cependant les mots précédant cette communion ‘au sang’ étaient ceux de la confession… une confession parfois assez gratinée pour que le père curé en ait des hauts le cœur d’étonnement ou dégoût. Aussi le calice ‘au vin’ n’était-il jamais lavé pour que les souillures verbales ne se déposent autre part que dans ce récipient au combien sacré… afin que rien ne filtre de ces moments devant restés scellés dans la


confession et la communion. Les contenants étaient courus par quelques sorciers pouvant avec les rituels convenables (mais inconvenants !)… faire parler le calice refermer sur tant de confessions abominables ou inavouables, et en tirer le profit que nous pouvons imaginer, d’où le grand soin à ne pas se faire dérober ces ustensiles divins. A présent on comprend mieux la peur que pouvaient ressentir les pères curés pour ne pas risquer de perdre ces superbes instruments rituel de l’ultime communion des agonisants. Aujourd’hui cet ensemble n’est plus de coutume et l’Eglise ne les veut plus dans ce dernier sacrement, à tort ? Ou à raison ? Dieu seul le sait sans doute.


Et nous de vous inviter à venir voir ce rare et étrange ensemble pour l’ultime messe aux agonisants de nos vieilles contrées si pleines de mystère.


André Douzet


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