15 avril - les cannes de sorciers

Revenons une fois encore vers la reconstitution du lieu où le rebouteux pratiquait sa science souvent dans une cave ou une pièce souterraine. Certes, l’homme savait soigner les maux de tous les jours comme ceux moins ordinaires pour les atteintes plus lourdes ou ceux pour lesquels le médecin du canton jetait l’éponge dans un geste d’impuissance. Son arsenal se situait souvent depuis des produits végétaux, minéraux, animaux voire… humains. Ces ‘produits’ dont les étranges effets se montraient effectivement souvent les meilleurs alliés dans l’art de sortir les paysans (habitant du pays) de bien des embarras de santé ou de graves problèmes osseux. L’homme guérisseur était il y a un siècle, avant la lettre, le ‘pharmacien de terrain’, le kiné ou encore le vétérinaire, voire le botaniste de service pour les cultures défaillantes ou ‘cuites’. Bref, c’était l’homme à tout faire en termes de guérisons et apaisements des douleurs à larges éventails. A ces époques, un peu éloignées, sombres et peu médicalisées, souvent cet homme était le seul espoir de se sortir de biens d’insurmontables problèmes pour beaucoup d’habitants du vieux ‘pagus’ de nos contrées.


Cependant, si cet habitant de la commune était réputé pour ses qualités médicinales ou pharmaceutiques, il pouvait déployer d’autres… possibilités dans des domaines plus complexes sentant le soufre ou inconnus du commun. En effet ses connaissances en art de guérir ou soigner, logiquement, ne pouvaient faire autrement que déboucher rapidement vers ce que nous dirons… la sorcellerie. L’homme disposait, de fait de deux casquettes, celle de rebouteux (ou rhabilleur dans nos contrées du Pilat) et puis au moment où la première ne se montre pas assez efficace il sortait sa seconde ‘étiquette’, celle du sorcier.


A partir de ce point, on passait sur d’autres étages des superstitions et croyances populaires, cette fois plus sombres et redoutés par la population locale. On dispose de nombreux ouvrages sur le sujet, dont le plus célèbre reste ‘L’Œil du Sorcier’, de Philippe Alfonsi et Patrick Pesnot, publié en 1973. Un document tiré de faits réels montrant, dans le Berry un vétérinaire confronté aux réalités d’un ensorcellement, comme il pouvait tant y en avoir dans nos contrées reculées de toute avancées du progrès et de l’abandon des vieilles craintes de magie noire au sein d’une population ancienne de ces ‘Pagus’ abandonnés.


On peut voir, en visitant nos décors et vitrines, ‘l’étrange arsenal’ dont disposait ce ‘guérisseur’ à la fois hors du commun et en plein dans le commun de l’époque et des contrées reculées. Certes, les moyens et supports pour ces… maléfices et pouvoirs négatifs, sont nombreux et d’apparence dérisoire ou dépassant l’entendement. Le visiteur verra dans la vitrine près de ‘L’ANTRE DE SORCIER’ ces matériaux avec, notamment, une canne de sorcier. On pourrait pense qu’il s’agit d’une canne de marche, ni plus ni moins, à quoi on attribuerait une aura mystérieuse, sans plus.


Cependant, regardons de plus près ce ‘bâton de marche’. Il se montre orné d’une gravure montrant un serpent, avec ses écailles bien soulignées, montant du sol et dont la tête s’arrête à la ‘garde’, sur laquelle elle n’empiète pas. Le reptile monte en longues torsades sur un bois sculpté d’épines plus claire. Cette canne n’avait pas, à l’origine, fonction d’être un bâton de marche mais seulement une sorte d’instrument d’obscure magie cérémonielle. Le rebouteux ayant à s’en servir, sortait un peu avant le crépuscule et marchait droit vers la demeure de la personne qu’il devait ‘ensorceler’. Il était notoire dans les hameaux, ou le village, que lorsqu’il avançait avec cet instrument c’était pour faire le mal. De fait, les personnes allant à contre-sens s’en éloignaient en changeant prudemment de trottoir, ou de coté de la chaussée, afin de ne surtout pas se trouver dans la trajectoire du bâton maléfique. L’homme avançait la tête basse en faisant claquer le fer de sa canne à chaque pas, scandant ainsi sa marche irréversible vers sa victime. Arrivé à hauteur du domicile de sa ‘victime’, il s’arrêtait net, levait la tête en tournant son regard dans la direction voulue… et tendait son bras avec la canne dans son prolongement. Ainsi il visait le bâtiment en imprimant au bois des mouvements dont lui seul pouvait savoir le sens en psalmodiant ce que personne ne pouvait entendre… mais on le savait raconte les anciens sur ce sujet. Puis le rituel accompli, il ôtait son béret, le retournait sens devant –derrière, et s’en allait sans cette fois faire claquer l’embout en cuivre du bas de sa canne. Les ennuis ne manquaient jamais d’arriver sur la cible dès les jours suivants. S’en était fait.


Derrière cette canne, le visiteur peut en voir une autre provenant d’Afrique. Elle est en ébène et son bois est lisse alors que la poignée, seule sculptée, porte un serpent qui ne déborde jamais sur le bois. Si dans nos contrées, le reptile monte du sol sans jamais aller sur la poignée, en Afrique à l’opposé il se trouve plus petit, uniquement sur la poignée et toujours descendant. Sculpté dans l’ébène le serpent est orné de deux yeux en ivoire. Nous avons choisi de montrer cette seconde canne, ramenée de là-bas il y a plus de 50 ans, pour montrer que du sorcier de nos contrées au marabout d’Afrique, l’usage du reptile et de la canne sont de coutume avec la seule différence de sens et de taille pour le serpent. Nous savons, cependant, que les deux étaient plus des outils ‘à faire le mal’ plutôt que des bâtons de marche…


Ce sont ces deux cannes que nous vous invitons à venir voir, autour d’elles, des éléments les accompagnant dans le sens d’une manipulation extrêmement négative… bien entendu, mais sans le moindre danger pour le visiteur.


André Douzet


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